Une jeunesse marquée par la guerre
Juliette Gréco naît à Montpellier en 1927. Pendant l’Occupation, sa mère et sa sœur aînée, engagées dans la Résistance, sont arrêtées et déportées ; elle-même est détenue quelque temps à Fresnes en 1943. À la Libération, sa mère et sa sœur reviennent de Ravensbrück. Jeune fille sans argent, elle vit alors à Saint-Germain-des-Prés, dans un quartier qui devient le centre de la vie intellectuelle parisienne.
Les caves de Saint-Germain
Au lendemain de la guerre, la jeunesse du quartier descend dans les caves pour écouter du jazz et danser. En 1947, le Tabou, rue Dauphine, devient le lieu à la mode ; la presse s’empare du phénomène et invente « les existentialistes ». Gréco, cheveux longs et vêtements noirs, y devient une silhouette célèbre avant même de chanter. Elle fréquente Boris Vian, Anne-Marie Cazalis, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir et Maurice Merleau-Ponty.
Des poètes pour une voix
Sartre l’encourage à chanter et lui donne « La rue des Blancs-Manteaux », tirée de sa pièce « Huis clos ». Raymond Queneau lui offre « Si tu t’imagines », mis en musique par Joseph Kosma. Elle fait ses débuts en 1949 au cabaret Le Bœuf sur le toit. La même année, elle rencontre le trompettiste Miles Davis, de passage à Paris pour le festival de jazz : une histoire d’amour qu’ils ont tous deux racontée plus tard.
Jean Cocteau lui confie un rôle dans « Orphée » (1950). Suivent des disques, le Grand Prix du disque, puis une carrière internationale où elle chante Prévert, Mac Orlan, Gainsbourg, Brel ou Ferré. En 1967, « Déshabillez-moi » lui donne un de ses plus grands succès populaires.
Une image du quartier
Pour beaucoup, Gréco reste l’image vivante du Saint-Germain-des-Prés d’après-guerre : la nuit, les caves, le noir, la poésie chantée. Elle meurt en septembre 2020 à Ramatuelle, à 93 ans.